Le dragon a-t-il une histoire ?

 

Je serais enclin à dire qu’il y a eu plusieurs histoires.

        Au XIIe siècle, époque de la construction du château, les dragons étaient combattus par les chevaliers de la Table ronde. Dans beaucoup de lieux, les dragons n’étaient pas tués, mais apprivoisés. Ils devenaient gardiens de trésors ou de princesses en respectant peu à peu les règles de vie de la société médiévale. Parfois, des archanges prenaient le rôle des dragons dans les légendes.

         Philippe Auguste, roi de France au XIIe siècle qui fit construire le château, a certainement eu besoin de l’assistance d’un dragon pour protéger le Graal. Les conflits contre les invasions musulmanes jusqu’aux Pyrénées, puis la période des croisades ont fait apparaître cette coupe sacrée en plusieurs lieux. Cela favorisait chaque fois des pèlerinages qui aidaient le financement des constructions de châteaux ou de monastères.

         Le Dragon de Dourdan, a peut-être protégé un trésor, mais Philippe le Bel a dû tout faire disparaître. Pour l’occuper, il lui fut demandé de protéger la mémoire d’une princesse fort savante qui s’appelait Cunégonde de la Glacière au Cinq-Pierres, mais c’est une autre histoire. Son visage fut sculpté en haut du clocher de l’église. ( photo : G.C. 2016)

 

Cunégonde !

        Lorsque je l’ai regardée dans la lunette astronomique, elle a été surprise par mon regard. Je savais qu’elle était là, car je l’avais visionnée sur une photo du clocher.

        J’ai parcouru les autres éléments de la frise. Il y avait un autre personnage avec les yeux noirs et inquiétants. Alors je suis revenu vers elle. Elle me faisait un clin d’œil dans le soleil.

        Je ne savais pas comment elle s’appelait. J’ai appliqué le même principe qu’en mathématiques. Lorsqu’une inconnue apparaît dans un problème, il suffit de la nommer x. Après, je pose x, chaque fois que cela est utile pour continuer l’activité.

        Ici, c’est Cunégonde qui m’est venue à l’esprit pour la nommer. Je n’ai entendu aucune réclamation, et il m’a semblé que ça Lui allait bien. Cunégonde était arrivée.          Cunégonde est devenue mon interlocutrice et un inter­médiaire incontournable dans mes rêves éveillés.

        Le jour, elle supporte les rayons du soleil après le midi vrai. La nuit, sa coiffure emmêlée m’a fait penser à un itinéraire dans le ciel.

        Je n’ai jamais perçu de solitude dans son attitude. Elle avait la compagnie de deux êtres mystérieux. Un dragon en haut et la vouivre en bas était là, auprès d’elle, pour favoriser l’éveil des histoires du passé et du présent... 

         Depuis un demi-siècle, que nous habitons Dourdan, ce dragon m’avait intrigué. J’avais posé quelques questions à son sujet sans avoir de réponse merveilleuse.

         Un jour, une dragonne frappa à ma porte. Elle venait me dire que les quatre éléments de mon travail de la céramique correspondaient à ses attributions.
Mes doigts ont commencé à découvrir dans l’argile une nouvelle expression.

          J’ai ainsi découvert que le langage de ces animaux mythiques est la géométrie, la géométrie de la terre observée du ciel. Les bâtisseurs ont dû avoir l’in­fluence des habitants du ciel. Ils ont laissé des cercles et des carrés invisibles. L’esprit des dragons a choisi ce lieu pour graver sa marque. 

 

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